é, è, ê, à, où, Ah que cela fait du bien de retrouver ces accents chéris après une semaine passée en Angleterre ! Huit heures de trajet ont suffi pour rallier Bath à Berthecourt. Je reprend ici mes notes prises dans le ferry entre Douvres et Calais :
Au volant de ma « ladybird », je rentre dans la gueule béante du Berlioz, impressionnant Moby Dick d'acier. D'autres véhicules m'ont suivi et leurs passagers s'apprêtent, d'ailleurs, à gravir les escaliers qui mènent vers les plate-formes supérieures. Les langues se délient, celles de Molière et Shakespeare semblent incontournables mais, à bien y écouter, on entend les chuchotements de Goethe et Andersen également. J'essaie de prendre mes marques dans ce somptueux ferry où, sur deux étages, s'alignent bars, jeux vidéo et boutiques. De confortables fauteuils rouges et de larges banquettes jaunes accueillent des postérieurs que j'imagine roses pâles. Après avoir soustrait un journal d'une pile prévue à cet effet, j'échoue sur un siège beige. La Voix du Nord m'apprend que la souche H5N1 (grippe aviaire) a été détectée sur un canard, retrouvé mort dans l'Ain, et qu'il ne faut plus s'approcher des oiseaux migrateurs. C'est bien dommage, j'avais justement l'intention d'inviter un couple de cormorans et deux ou trois amis canards pour un barbecue ce week-end ! A trois mètres du fauteuil, une télévision diffuse l'épreuve de saut à ski par équipes des JO de Turin, je jette un oeil et voit le Norvégien Lars Bystoel s'envoler. J'admire ce skieur parti tutoyer les oies sauvages de si près sans se soucier des recommandations du canard du jour. A bâbord, la boutique du Berlioz ouvre et de jeunes adolescentes britanniques s'y précipitent et s'aspergent d'eaux de toilette et de parfums en tout genre. Je me dis que cela doit quand même faire mal sur autant de boutons ! Ne supportant pas les gloussements hystériques de ces jeunes anglaises je prend le large et remarque, à travers les baies vitrées, les premières lueurs des côtes françaises. Je cherche à sortir pour voir Calais de nuit mais ce n'est pas de la dentelle !!! Différent des autres ferrys, le Berlioz ne possède, en effet, aucun accès latéral. Je finis, toutefois, par trouver une porte à l'avant du bateau. Une feuille, scotchée à la va-vite, recommande de rester prudent car le sol est glissant. Une fois dehors, les infrastructures portuaires de Calais se rapprochent assez vite et les petites lueurs, constatées de la baie, laissent place à un éclairage jaunâtre et à une atmosphère peu commune.


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